Le diplôme a t-il encore de la valeur ?

Alors que la question du diplôme et de sa valeur dans le monde professionnel interroge le plus grand nombre d’entre nous, Christophe Dudon, directeur de la formation à la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, nous livre son avis sur son avenir et son évolution dans les années à venir.

Qu’est-ce qui selon vous fait la valeur du diplôme ?

La valeur du diplôme dépend de l’établissement qui le délivre,  de sa notoriété et au-delà de cela, de la capacité d’insertion professionnelle, c’est à dire la capacité d’obtenir un emploi métier dans le domaine dans lequel on a été formé et à un niveau de rémunération correct.

Selon vous, y a-t-il une préférence française pour le diplôme ?

Effectivement, cela est très net. Cela va peut-être s’atténuer avec les générations futures mais de nos jours, il y a une très nette préférence française pour le diplôme avec une hiérarchie sociale admise un peu par tout le monde où se trouvent « en haut » des écoles telles que HEC, l’ENA, Polytechnique… Le diplôme est donc très lié à la distinction sociale en France ; cela est moins vrai dans les cultures nordiques où c’est la valeur travail et non le diplôme qui fait la différence entre deux individus. En France  certaines entreprises privilégient encore une certaine hiérarchie des postes en fonction de la hiérarchie diplôme.  Le diplôme est donc un marqueur culturel très fort.DSC_4666.jpg

Est-ce que selon vous, on est arrivé à ouvrir le diplôme au plus grand nombre ?

Oui mais avec la contrepartie qui est vraisemblablement une certaine dégradation du niveau des diplômés: cela est vrai pour le baccalauréat, le baccalauréat professionnel… On dit qu’il y a plus de 80% de bacheliers mais  cela est dû à l’influence des baccalauréats professionnels car l’accès des diplômes au baccalauréat général n’a pas dû changer fondamentalement.
On ouvre donc assez bien l’accès au diplôme mais au détriment d’une homogénéité de niveau et cela se retrouve au niveau des employeurs qui savent aujourd’hui faire le tri entre une licence pro, une licence générale, entre un bac pro et un bac général…

Selon vous, le diplôme a-t-il une durée de vie ?

Oui et non.
Non dans le sens où le diplôme est un tatouage que l’on garde toute sa vie comme un sportif garde sa médaille après les jeux olympiques. C’est une référence qui valide la capacité à un certain moment à passer à travers des épreuves de sélectivité, à avoir travaillé fortement pour acquérir des connaissances…

Oui dans le sens où une vie professionnelle ne s’exerce pas en référence avec ce que l’on a appris vingt ans auparavant : je fais référence au modèle 70/20/10 fréquemment utilisé dans le la formation  et qui précise que 70% de notre apprentissage se fait au travers de nos expériences et pratiques de tous les jours, 20% de notre apprentissage se fait au travers de nos interactions sociales et 10% de notre apprentissage provient d’un mécanisme d’apprentissage conscient, formel.

Le diplôme a donc une durée de vie limitée, ensuite c’est l’expérience et la formation tout au long de la vie qui prend le relai.

 Sur le marché de l’emploi, le diplôme protège-t-il autant qu’avant ?

Oui et peut être encore plus qu’avant car on est dans un système de diplomation à outrance, on le voit bien avec la loi de 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale : les formations prises en charge sont celles qui sont diplômantes et certifiantes. C’est de plus en plus une clé d’accès à l’évolution professionnelle. Le diplôme permet d’accéder à des niveaux et la façon de se protéger du risque économique est de monter ces niveaux et cette ascension ne se fait que par la diplomation. Le diplôme protège donc si on s’inscrit dans une dynamique de progression.

Y a-t-il eu selon vous une évolution suffisante du diplôme pour mieux prendre en compte la notion de compétence ?

Je le pense : il y a aujourd’hui une évolution pour sortir de l’académisme des diplômes et aller vers la notion de compétences directement utilisables en milieu professionnel. Certains diplômes, dans le domaine de l’ethnologie ou de la philosophie par exemple, sont faits uniquement pour le savoir et ne sont donc pas directement à visée professionnelle. Cependant, la majorité des autres diplômes évolue afin de prendre en compte la notion de l’insertion professionnelle : il y a donc une professionnalisation des diplômes. Cette notion a certes toujours existé : les études de droit par exemple sont faites d’un apprentissage classique des normes et des lois mais aussi d’études de cas. Mais aujourd’hui l’insertion professionnelle est davantage mise en avant  au regard des difficultés dues aux décennies de niveau de chômage élevé.

Il faut que les personnes fassent leur propre chemin de professionnalisation. L’offre étant très large, c’est à l’individu de faire son parcours de compétences.

Pensez-vous que les certificats acquis par exemple par des outils tels que les MOOC vont être à l’avenir plus à même de rendre compte des compétences acquises tout au long de la vie ?

Oui, parce qu’il y a un environnement légal qui pousse au diplômant, certifiant avec la loi 2014 sur la formation que j’évoquais précédemment. Si vous voulez par exemple utiliser votre CPF (compte personnel de formation) pour améliorer votre niveau d’anglais, vous devez obligatoirement avoir un certificat (TOEFL, TOEIC, BULATS…) validant votre formation et cela est très bien car aujourd’hui un employeur a besoin de voir sur un CV le niveau d’anglais de façon quantitative et non plus comme on le voit encore : lu, écrit, parlé  car cela ne veut plus rien dire.

On voit apparaitre aujourd’hui des certificats validant des notions beaucoup moins quantifiables qu’un niveau d’anglais ou de bureautique comme par exemple la gestion de projets avec le programme de certification du PMI (project management institute) qui permet d’obtenir l’accréditation de spécialiste en gestion de projet : Project Management Professional (PMP).

Ces certificats porteront également à l’avenir sur le management ou la gestion d’équipe, c’est-à-dire sur des savoir-faire assez précis comme par exemple : animer une équipe… Cela viendra bien évidemment en appui de l’expérience.

Propos recueillis par Laurence Goubier le 5 juillet 2016 pour CCI formation LYON METROPOLE

Plus d’informations sur : http://www.cciformationpro.fr/jcms/accueil-f_10396.html

Co-fondatrice du MOOC7, dirigeante de Laet's mind

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